Le Festival du Livre de Nice a dévoilé les huit romans en lice pour le Prix Nice Baie des Anges 2026. Une sélection qui traverse les territoires, les mémoires et les tensions contemporaines. Chaque membre du jury a retenu un titre qui reflète une sensibilité littéraire et un regard sur l’époque.
Le Prix Nice Baie des Anges fête sa trentième édition. La ville de Nice, qui parraine et dote cette distinction depuis 1996, met en avant un roman français paru dans les douze mois précédant le Festival du Livre. Le jury, présidé par Franz-Olivier Giesbert, s’est réuni à la bibliothèque patrimoniale Romain Gary pour dévoiler les huit ouvrages retenus. Un jury populaire de dix lecteurs accompagne également les délibérations.
La sélection 2026 rassemble des textes qui explorent des trajectoires individuelles confrontées à des bouleversements intimes, sociaux ou historiques. Les romans choisis interrogent la disparition, la justice, la transmission, la responsabilité collective ou encore les dérives technologiques. Chaque auteur propose une manière d’observer le réel, parfois à travers la fiction pure, parfois en s’appuyant sur des faits ou des figures historiques.
Huit voix composent ainsi un ensemble contrasté, où se croisent une enquête intime, une satire rurale, un récit de renaissance tardive, un huis clos moral, une fuite paternelle, une fable politique, une plongée dans la mémoire d’un écrivain majeur et un premier roman sur fond de catastrophe nucléaire.
Des trajectoires humaines face aux tensions du monde
Le roman choisi par Franz-Olivier Giesbert, Je suis Romane Monnier de Delphine de Vigan, s’ouvre sur une disparition. Le récit s’appuie sur les traces laissées par une jeune femme, confiées à un inconnu. La citation mise en avant — « Les gens ne comprennent pas. Ils pensent que j’exagère. Mais en fait, je cherche quelque chose qui a disparu. » — donne le ton d’un texte centré sur la quête d’un sens perdu et sur la fragilité des identités.
Paule Constant retient Aqua de Gaspard Koenig, roman ancré dans une communauté rurale confrontée à la gestion de l’eau. Le projet de modernisation d’un réseau oppose un haut fonctionnaire revenu au pays et une épicière attachée à une source ancienne. Le livre met en scène des habitants pris dans des contradictions contemporaines, entre croyances locales, enjeux écologiques et logiques administratives.
Aurélie de Gubernatis choisit Grand Prince d’Alexia Stresi. Le récit suit Simone Guillou, 85 ans, persuadée d’avoir vécu l’essentiel. Une surprise tardive bouleverse pourtant son quotidien. Le roman s’attache à un territoire entre Atlantique et campagne, où se mêlent enquête légère, rencontres inattendues et évocations artistiques.
Irène Frain met en avant La dernière nuit d’Odile d’Oultremont. Le texte interroge l’antispécisme et la toxicité des rapports sociaux à travers l’histoire d’un comte qui abat une vache « pour sa seule distraction ». La citation centrale — « Vois ça comme une confession. Une défiance. De la justice et de ses égarements. » — annonce un récit tendu, où une communauté organise sa propre justice après un procès jugé insuffisant.
Jean-Luc Gagliolo choisit Retour de Lombarde de Pascal Ruter. Le roman s’ouvre sur un père qui quitte l’hôpital alors que son fils vit ses derniers instants. Le texte explore les motivations d’un homme prêt à franchir des limites morales pour tenter de sauver ce qui peut l’être encore. La citation retenue — « C’était ça, aimer son fils. C’était aller jusque là… » — résume l’intensité du dilemme.
Nicolas Galup sélectionne Le ciel a disparu d’Alain Blottière. Le récit s’appuie sur une idée radicale : un écrivain âgé décide de tuer Elon Musk après avoir observé un ciel défiguré par les satellites Starlink. Le roman mêle réflexion écologique, critique technologique et transmission familiale, puisque le petit-fils du protagoniste retrouve son témoignage vingt-quatre ans plus tard.
Laurent Seksik retient La disparition des choses d’Olivia Elkaim. Le roman revient sur l’enfance de Georges Perec, envoyé en zone libre en 1941. Sa mère, Cécile, disparaît ensuite dans la déportation. Le texte reconstitue une figure maternelle dont il reste peu de traces, en s’appuyant sur les œuvres du fils et sur des témoignages. L’autrice choisit d’écrire « ce qui aurait pu être » pour combler les vides laissés par l’Histoire.
Enfin, Didier van Cauwelaert met en avant Combustions de François Gagey. Le roman débute en octobre 2023, lors de l’explosion de la centrale de Flamanville. Trois hommes se retrouvent piégés dans une zone contaminée. Le récit explore leurs illusions, leurs regrets et leurs contradictions. La phrase citée — « Il venait de s’engager dans ce virage dangereux qu’empruntent parfois les hommes puissants… » — annonce une réflexion sur la fragilité des certitudes.
Le lauréat sera annoncé le 6 mai 2026 à la Villa Masséna, avant une remise officielle le 29 mai en ouverture du Festival du Livre de Nice. Cette sélection, riche par ses approches et ses ancrages, dessine un panorama des préoccupations littéraires actuelles.
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