Nous avons profité de la venue à Nice de l’écrivain belge Paul Colize à l’occasion de la sortie de son nouvel ouvrage, La saison des pluies pour le rencontrer. Un moment informel et convivial qui nous a permis de mieux cerner son univers.
Malheureusement trop peu connu en France, Paul Colize était ce week-end à Nice pour rencontrer ses lecteurs à la librairie Jean – Jaurès à l’occasion de la sortie de son dernier livres : La Saison des pluies paru aux éditions Hervé Chopin en ce début d’année 2026.
Celui qui se décrit lui même – non sans humour – comme étant un « introverti, un asocial, un misanthrope », a cependant un fidèle lectorat qui a le plaisir de le lire depuis maintenant 2012 et au moins plus d’une vingtaine de livres derrière lui.
L’écriture comme art de vivre
Paul Colize est né en 1953 à Bruxelles. Il est devenu écrivain sur le tard, suite à une anecdote professionnelle qui l’a marquée et qui a donnée la base de son premier roman. L’écriture ne l’a plus lâché. L’auteur se livre sans détour sur son rapport à la littérature : un plaisir avant tout. Il nous confie avoir été depuis toujours un grand lecteur de polards : une passion transmise par une parente quand il était enfant, et dont il allait chercher les livres à la bibliothèque. Il les dévorait en cachette, puisque ce genre de livres était jugé peu recommandable pour la sensibilité juvénile. A côté des grands classiques académiques enseignés à l’école, l’auteur se découvre donc très jeune une passion pour le plaisir de l’enquête, du suspense, de la noirceur et de la misère qui habite l’âme humaine, et de la vérité.
On a du mal à croire à ce portrait de lui-même évoqué plus haut, Paul Colize étant un expert des relations humaines (en effet, l’écrivain a une longue carrière de consultant en communication). Sans fausse modestie quand nous l’interrogeons sur son statut d’écrivain, il répond simplement être un « raconteur d’histoires, un conteur. » En réalité, on a plutôt envie de dire qu’il est avant tout un homme discret, qui avoue lui même n’écrire « ni pour la gloire, ni pour l’argent. » Celui qui est aussi mélomane ne veut pas écrire par contrainte, il écrit par envie et par passion. C’est sûrement cela qui fait la qualité reconnue de chacun de ses livres, beaucoup d’entre eux ayant été plusieurs fois récompensés par des prix prestigieux.
Comment Paul Colize construit ses récits ?
Nous lui demandons s’il a une méthodologie de travail : pas franchement, l’idée d’un livre lui vient souvent en marchant, et puis l’histoire l’habite. Commence alors un long travail préparatoire d’enquête historique sur la réalité des faits qui constituera l’intrigue du roman. Passionnant pour lui. Lire Paul Colize c’est donc se laisser prendre au jeu de suivre la vie de gens ordinaires pris dans les méandres de la grande Histoire. Grisant et effrayant. La vérité historique des faits est une part non négligeable de l’intérêt de son travail : on apprend énormément, en plus du plaisir littéraire. Il s’amuse au passage du statut inclassable de ses livres, n’étant ni tout à fait des « romans policiers », ni complément des « thrillers ». Ses livres se rapprochent de la littérature générale, tout gardant en eux beaucoup des caractéristiques des romans noirs. Il nous dit d’ailleurs ne pas vouloir expliciter les scènes de violence : l’imagination du lecteur fait le reste… C’est redoutablement efficace.
La saison des pluies est tissés de quatre intrigues dont les fils se rejoignent dans l’accélération finale ; au lecteur d’essayer de faire les liens en attendant grâce à son imagination… Paul Colize aimant semer des indices. Le roman commence par l’introduction du premier fil : nous découvrons Claire, une jeune femme ordinaire, mère de deux enfants, coach indépendante, et qui s’implique bénévolement à l’hôpital pour accompagner les personnes en fin de vie. C’est comme cela qu’elle sera amenée à recevoir les confidences de Delcourt, patient en soin palliatif, qui l’amèneront à découvrir certains épisodes de l’histoire de son pays, à son détriment. Le lecteur découvrira avec Claire des épisodes sombres de l’histoire belge lors des combats accompagnant la décolonisation du Congo.
Le plaisir de ce dernier livre réside avant tout dans le style et le ton de l’écrivain, sobre, mais très subtil et particulièrement juste : nous pénétrons avec délice dans son univers et nous nous surprenons à développer des sentiments ambigus ; certains personnages, habités par un mal dérangeant, sordide et impitoyable, arrivent à nous tirer quelques sentiments de sympathie. Bien que La saison des Pluies soit indubitablement un roman noir, il y a aussi beaucoup d’humanité.
A lire d’urgence pour frissonner.
La saison des pluies (éditions Hervé Chopin) – Paul Colize – 19,50€.
NicePremium est un média local indépendant et gratuit.
Pour nous aider à continuer, vous pouvez soutenir notre travail à partir de 5 € par mois.
