La librairie Niçoise Les Parleuses va fermer

La librairie indépendante Les Parleuses fermera ses portes le 13 mai. Fondée en 2018, l’adresse niçoise avait construit un espace mêlant livres, débats et engagements. Cette fermeture intervient après plusieurs années marquées par une activité culturelle soutenue et un épisode judiciaire autour de la liberté d’expression.

La librairie Les Parleuses, installée dans le centre de Nice, cessera son activité le 13 mai. Cette date marque la fin d’un lieu ouvert en 2018 par Anouk Aubert et Maud Pouyé. Huit années se referment. Un cycle se termine, selon les mots des fondatrices. « Après huit extraordinaires années remplies de merveilleuses rencontres et d’enthousiasmes littéraires, de nouveaux projets nous emmènent ailleurs. » Dans leur message, les deux libraires décrivent un changement de trajectoire laissant la porte ouverte à au commencement d’une nouvelle aventure.

Une dernière rencontre est prévue avec le public. « Un roman inoubliable » sera proposé. La soirée s’annonce tournée vers les échanges. « On s’embrasse, on se dit au revoir […] mais surtout on vous dit MERCI ! »

Un espace culturel ancré dans la ville

Les Parleuses occupaient un ancien bistrot. Le lieu situé rue Defly associait librairie et café. Deux espaces distincts structuraient l’ensemble : une partie accueillait un public adulte, une autre, située de l’autre côté de la rue, était dédiée à la jeunesse.

Le projet reposait sur une reconversion professionnelle. Anouk Aubert et Maud Pouyé viennent de l’Éducation nationale. Parcours dans l’enseignement et dans la vie scolaire. Ce choix de création traduisait une volonté de prolonger une forme de transmission. Le livre devenait support à la discussion.

Le nom Les Parleuses fait référence à un ouvrage d’entretiens entre Marguerite Duras et Xavière Gauthier. Cette référence inscrit la librairie dans une tradition de dialogue. La ligne éditoriale assumait un positionnement clair : les questions féministes et de genre occupaient une place importante dans la sélection proposée.

Des rencontres régulières rythmaient la vie du lieu. Présentations de livres, discussions avec des autrices, lectures publiques…, cette programmation contribuait à installer une dynamique locale. La librairie devenait un point de rendez-vous pour une partie du public niçois.

Les fondatrices décrivaient un environnement où ce type d’initiative restait minoritaire. Le projet prenait alors une dimension militante.

Une affaire révélatrice autour de la liberté d’expression

Un épisode survenu en décembre 2022 a donné une visibilité nationale à la librairie. La venue à Nice du ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a constitué le contexte de cette séquence.

À cette occasion, la vitrine de la librairie présentait des messages sur les violences faites aux femmes. Cette initiative accompagnait la mise en avant du livre Impunité de Hélène Devynck.

L’intervention des forces de l’ordre a suivi rapidement. La vitrine a été recouverte d’un rideau noir. Une action qui a suscité une réaction immédiate. La décision a été perçue comme une atteinte à la liberté d’expression entrainant une procédure judiciaire.

Le tribunal administratif de Nice a rendu une décision plus de trois ans après les faits. Le jugement a reconnu une illégalité dans l’occultation de la vitrine.

L’État a été condamné à verser des indemnités. Les préjudices évoqués concernent une perte d’activité ainsi qu’un « préjudice moral et réputationnel. » La portée du jugement dépasse la seule situation de la librairie.

L’avocate des fondatrices avait commenté ce point à l’époque : « le juge administratif a affirmé la nécessité de protéger les librairies et considère que celles-ci sont les gardiennes de la démocratie. »

Une fermeture sous forme de passage

La fermeture du 13 mai s’inscrit dans cette histoire. Le lieu disparaît, mais les traces restent. Les activités menées pendant huit ans ont construit un réseau, des rencontres marquantes, des discussions autour de la littérature dans un espace pour exister. La dernière soirée annoncée reprendra cette logique de moment qui se veut partagé.

Une page se tourne pour Les Parleuses. Un autre chapitre commence ailleurs.

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