De la gratuité du carnaval à la création de maisons citoyennes, la liste Nice Front Populaire a présenté mercredi 11 février son programme culturel. Un projet ambitieux qui entend rompre avec « la politique de l’image » pour replacer la culture au cœur du lien social.
La conférence de presse de mercredi après-midi, qui s’est déroulée en extérieur, a été dédiée à la culture par la liste Nice Front Populaire. Suite à l’exposition de ses idées récentes concernant les transports gratuits, l’habitat, les risques naturels, le sur-tourisme et la démocratie de proximité, le groupe a révélé un projet culturel organisé autour de deux piliers : l’accessibilité pour tous et la liberté artistique.
« La culture ne se réduit pas à un simple luxe, une dépense superflue ou un loisir du week-end », déclare d’entrée de jeu le leader de la liste. « Notre objectif est de transitionner d’une approche axée sur l’image, caractérisée par les tapis rouges et le gaspillage, vers une approche centrée sur l’homme. » Avant de présenter ses suggestions, le groupe établit un bilan critique de la politique culturelle à Nice. On souligne notamment la démolition du Théâtre National de Nice (TNN), la fermeture du MAMAC, le manque de solution immédiate suite à la disparition d’Acropolis, ainsi que l’affaiblissement du CIRM.
Ce que certains participants appellent « vandalisme institutionnel » est dénoncé, déplorant des décisions prises « sans évaluation préalable ni alternative proposée ».
Une autre critique : l’accent jugé trop faible accordé à la langue et à la culture niçoises. « L’occitan niçois a été réduit à un aspect folklorique. » « Nous souhaitons le réintégrer entièrement dans la communauté niçoise », précisent-ils. Selon le groupe, les budgets seraient actuellement mangés par des politiques « temporaires » au détriment des bibliothèques, des conservatoires et des structures de quartier.
Premier pilier du programme : assurer un accès local à la culture.
« Notre approche ne vise pas à offrir la culture comme un don, mais plutôt à éliminer les obstacles qui en entravent l’accès », détaille une membre de l’équipe de travail. But déclaré : que « chaque résident, indépendamment de son code postal, puisse accéder à un service public culturel à moins de 15 minutes de son domicile ».
Le programme envisagé pour y arriver comprend : La création de maisons citoyennes, lieux de co-création et de débat, ouverts aux habitants, associations et artistes. La transformation des 17 AnimaNice pour accueillir des résidences d’artistes. La création d’un centre de culture scientifique et technique. Un Pass « Nyssa Cultura » pour faciliter l’accès des jeunes au spectacle vivant. Une tarification au quotient familial pour le conservatoire. La gratuité du carnaval pour les habitants de la métropole. « Le carnaval gratuit, ce n’est pas nouveau pour nous. Cela fait longtemps que nous le proposons », rappelle la liste. La liste vise à consolider le programme national Demos (éducation musicale et orchestrale à vocation sociale) en l’associant intégralement à l’orchestre philharmonique et au ballet de l’Opéra de Nice. « Actuellement, un fossé sépare les artistes de haut niveau de la ville et les enfants des zones résidentielles. » « C’est une véritable perte », se désole un participant.
Le projet ambitieux : instaurer des orchestres symphoniques dans les zones de l’Ariane, des Moulins et de Pasteur, et y intégrer une composante chorégraphique innovante en France grâce au ballet de l’Opéra.

Une vision politique assumée
Deuxième point : la reconnaissance des professionnels du domaine culturel.
Le groupe critique une généralisation de la précarité et réclame une augmentation des salaires pour les agents culturels, les artistes intervenant dans les écoles ainsi que pour le personnel de l’opéra.
Il aspire aussi à assurer l’autonomie artistique : « L’art doit être libre de toute pression politique et de tout chantage à la subvention. » Certaines associations culturelles auraient d’ailleurs refusé d’être citées dans le programme « par crainte de perdre leurs subventions ». Pour financer ces initiatives, le programme mentionne un « audit de transparence » concernant les coûts des projets du MAMAC, du TNN et de l’Opéra, ainsi qu’une diminution des budgets de communication et d’événements considérés comme trop importants. « Il ne s’agit pas de dépenser plus, mais de dépenser mieux. » Le programme comprend également un volet écologique, avec la volonté de faire de Nice un « laboratoire européen de la scénographie durable » et de rompre avec « le cycle du jetable ».
La clôture de la conférence a eu lieu avec la lecture d’un passage tiré du livre Les Droits du rêve de Gabriel Monnet, ancien directeur de la Maison de la culture de Bourges. Ensuite, le public a assisté à une interprétation dynamique du morceau « Assez dommage » de Bigflo et Oli.
Dans une version adaptée aux dialectes locaux, les paroles faisaient notamment référence à : « Il est difficile de se loger avec un SMIC », « Nice est rouillée, coincée dans les dramas, on nous laisse choisir entre la peste et le choléra. » Un clin d’œil musical assumé pour « donner envie d’aller voter » et inscrire la culture au cœur du combat politique. « Ce ne sont pas des promesses, mais un véritable plan culturel de réparation », conclut Mireille Damiano.
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