Faute de confrontation directe, les trois candidats encore en lice pour la mairie de Nice ont défendu leurs positions lors d’entretiens distincts. Christian Estrosi, Éric Ciotti et Juliette Chesnel-Le Roux ont exposé leurs arguments et leurs priorités, chacun dans un cadre séparé.
Le second tour des élections municipales à Nice s’est déroulé sans débat entre les finalistes. Les électeurs ont découvert les positions des candidats à travers une série d’interviews enregistrées. Christian Estrosi a dénoncé cette situation qu’il avait pourtant créée en 2014 et en 2020. Le maire sortant a estimé qu’Éric Ciotti avait refusé « la transparence et la démocratie. » Selon cette analyse, l’absence de confrontation a empêché d’interroger certaines propositions, notamment sur la fiscalité ou les projets structurants.
Éric Ciotti a justifié ce choix. Le candidat a expliqué avoir déjà participé à des débats auparavant. Il a considéré que le climat de ses soirées de débat s’était dégradé, évoquant « une confrontation de plus en plus violente. » D’après lui, l’entretien représentait un moyen de s’exprimer sans invectives.
Juliette Chesnel-Le Roux a évoqué une position plus nuancée. La candidate a rappelé son attachement au débat direct entre candidats tout en reconnaissant que le format des interviews garantissait un temps de parole équilibré. Ce qui n’avait clairement pas été respecté lors du premier tour.
Christian Estrosi défend son bilan
Christian Estrosi a centré ses interventions sur la critique du programme adverse. Le maire sortant a évoqué « trois mensonges majeurs » attribués à Éric Ciotti. Les propositions de baisse de la fiscalité ont été jugées irréalistes, notamment en raison de leur coût. « Où prendre ces 20% qui représentent 50 millions d’euros ? » a-t-il martelé à de nombreuses reprises pour évoquer le souhait d’Éric Ciotti de baisser la taxe foncière. « Il n’a pas voulu qu’il y ait ce débat pour ne pas répondre à ces questions », concluait le maire sortant.
Le bilan municipal a occupé une place importante dans son discours. Ses dix-huit années de mandat ont été présentées comme une période de transformation de la ville. Les projets liés aux transports, à la sécurité et à l’environnement ont été mis en avant. Le candidat à sa réélection a mis en avant une baisse de 10 % de la taxe foncière : « moi, je peux m’engager auprès des Niçois, sans que nous fassions la moindre casse sociale dans l’ensemble de notre administration, à leur rendre, dès le mois d’avril prochain, 10% de baisse de la fiscalité en matière de taxes foncières, parce que moi, je sais gérer. »
Christian Estrosi a également insisté sur la dynamique électorale. Le retard du premier tour (près de 15 000 voix, N.D.L.R) a été relativisé en évoquant très régulièrement une mobilisation possible des abstentionnistes pour inverser le résultat.
Christian Estrosi a cherché à reprendre l’initiative sur le terrain des propositions. Le candidat a mis en avant des mécanismes de démocratie directe, avec des référendums locaux réguliers et une ouverture de la commission des finances à l’opposition. La question du logement a aussi été développée, avec une répartition chiffrée des constructions prévues dans différents secteurs de la ville. La sécurité et la gestion des risques ont été rappelées comme des priorités, avec l’extension des dispositifs de surveillance et des équipements de police.
Éric Ciotti a relativisé son appartenance politique
Éric Ciotti a développé une stratégie centrée sur la rupture. Le candidat a décrit une fin de cycle politique en parlant de Christian Estrosi et en l’associant à un « système en train de s’effondrer, que les Niçois n’en veulent plus. » Le thème du changement a structuré l’ensemble de son intervention.
La présentation de sa liste s’est voulue transpartisane, mettant en avant la diversité des profils. Le candidat très proche des élus du Rassemblement National, Jordan Bardella et Marine Le Pen, depuis son départ des LR en 2024, ne voulait plus parler d’étiquette politique. Un fait qu’il a relativisé au profit d’un projet présenté comme local. « Mon étiquette dans cette élection, c’est Nice. Mon équipe, elle est diverse. J’ai quand même sur ma liste, Jean-Marc Gouvernatori […] j’ai des élus de qualité du Rassemblement National, comme le colonel Benoît Candel, qui a été le patron de la gendarmerie dans les Alpes-Maritimes. Quand la préfète Françoise Souliman s’engage, elle n’est pas membre d’un parti politique. »
Durant ses prises de parole, plusieurs engagements ont été avancés. Une baisse de la taxe foncière et un audit des finances ont été proposés. Les grands projets, comme l’extension du tramway, ont été conditionnés à la situation budgétaire : « on va faire tout ça sereinement. Moi, je souhaite qu’il y ait des alternatives à la voiture. »
Le candidat a défendu une approche présentée comme pragmatique, fondée sur les compétences individuelles plutôt que sur les appartenances partisanes. La question des transports a été abordée sous l’angle financier, avec une priorité donnée à l’évaluation des coûts avant tout engagement. La volonté de ne pas augmenter les impôts a été réaffirmée, tout comme l’idée d’une gestion recentrée sur les moyens disponibles.
Juliette Chesnel-Le Roux veut offrir une alternance à la droite
Juliette Chesnel-Le Roux a adopté une autre approche. La candidate a dénoncé un « duel fratricide » entre les deux principaux candidats. La campagne a été décrite comme dominée par les affrontements plutôt que par les propositions. « Les Niçois et les Niçoises ont vu qu’il y avait un duel. Ils n’ont pas réellement compris qu’il y avait des alternatives. »
Son maintien au second tour a été assumé comme un choix collectif. La candidate a insisté sur la nécessité d’offrir une alternative aux électeurs. Le refus du front républicain a été justifié par une analyse locale de la situation politique. « J’ai ressenti la pression, mais comme c’est un projet que nous avons mené en équipe et nous avons discuté de ce sujet-là bien en amont, je continue sur la décision qui a été prise en collectif. »
Les priorités ont été recentrées sur l’écologie, le logement et le pouvoir d’achat : « la situation du logement à Nice est telle qu’il y a une vraie détresse. Une détresse des femmes qui sont menacées par leur mari et qui ne peuvent pas quitter le foyer parce qu’elles ne trouvent pas de logement disponible et une détresse des jeunes qui aimeraient bien quitter le cocon familial pour aller vivre, voler de leurs propres ailes et qui ne peuvent pas le faire. »
Juliette Chesnel-Le Roux a détaillé le rôle qu’une opposition peut jouer au conseil municipal. L’expérience acquise par la candidate lors des précédents mandats a été mise en avant pour défendre une fonction de contrôle et de vigilance. La tête de liste a également insisté sur la nécessité d’agir en ce qui concerne la régulation des locations touristiques et la mobilisation des logements vacants ont été évoquées comme des leviers d’action. Un sujet souvent abordé par la liste de Mireille Damiano arrivée 4e au premier tour (8,95%) et non qualifiée avec qui Juliette Chesnel-Le Roux n’a pas souhaité s’associer pour des raisons finalement très obscures reconnaissant même un mensonge : « j’ai menti un peu, parce qu’en fait, ils voulaient quatre postes sur dix. »
La balle est dans le camp des électeurs
L’absence de débat n’a pas permis de confrontation directe entre les programmes. Chaque candidat a exposé sa vision sans contradiction immédiate ni exposer réellement les solutions qu’ils souhaitaient mettre en place pour régler les problématiques dénoncées durant la campagne.
Christian Estrosi a défendu la continuité et l’expérience. Éric Ciotti a porté une ligne de changement et de rupture. Juliette Chesnel-Le Roux a proposé une alternative et un rôle d’opposition structuré. Les Niçoises et Niçois sont désormais appelés à se rendre aux urnes ce dimanche 22 mars 2026 pour faire valoir leur choix avec ces éléments de comparaison entre les différents projets.
NicePremium est un média local indépendant et gratuit.
Pour nous aider à continuer, vous pouvez soutenir notre travail à partir de 5 € par mois.
