Municipales 2026 à Nice : retour sur la soirée électorale

Hier, Nice a été marqué par un tournant politique majeur. Après plusieurs décennies de gouvernance de la droite modérée, Eric Ciotti (UDR) a pris le pouvoir pour les sept prochaines années. Retour sur cette soirée électorale, entre cries de joie et fortes émotions.

Au QG d’Eric Ciotti, la ferveur d’une victoire annoncée

Dans la cinquième ville de France, le résultat était attendu. Tout au long de la soirée, les militants du candidat UDR en alliance avec le RN se sont montrés confiants. Au QG de campagne, devant plus de 300 personnes, l’ambiance est montée progressivement, portée par des acclamations : « on va gagner. »

Peu après l’annonce des résultats, Éric Ciotti s’est exprimé devant ses soutiens. Visiblement ému, il a salué la confiance des électeurs : « il y a bien sûr une immense émotion. La confiance d’une ville qui m’a tout donné porte ce soir un message d’unité et de rassemblement. »

Le nouveau maire insiste sur la portée de cette victoire, obtenue face à un système installé de longue date : « nous ne sommes pas loin d’un score dépassant les 50 % dans des conditions extrêmement difficiles face à un maire solidement implanté. Les Niçoises et les Niçois l’ont voulu. » Dès le lendemain de son élection, il affirme vouloir entrer dans l’action : « nous avons la confiance, mais dès demain matin (aujourd’hui)le devoir de la mettre en œuvre concrètement. »

Interrogé après son discours, Éric Ciotti revendique son alliance politique avec le RN« cette alliance, je la revendique, j’en suis fier, et nous allons continuer à la porter. » Il affirme également vouloir rassembler au-delà des clivages : « à partir de ce soir, l’heure est au rassemblement. Je tends la main à tous les Niçois, y compris à ceux qui ont voté différemment. »

Dans son discours, il insiste sur les priorités de son mandat, notamment la baisse des impôts, la sécurité et la gestion des finances publiques : « les Niçois ont demandé une ville mieux gérée et des impôts diminués. Nous le ferons. »

Après dix-huit années à la tête de la municipalité, Christian Estrosi est battu. Éric Ciotti réagit à cette défaite avec retenue : « il tire les conséquences du choix des Niçoises et des Niçois. C’est un choix respectable. » Le nouveau maire affirme vouloir se tourner vers l’avenir : « la campagne a été rude, mais désormais nous avons une responsabilité : être dignes de la confiance qui nous a été donnée. »

Dans la rue, des soutiens venus célébrer la victoire

Devant le QG de campagne, plusieurs jeunes électeurs ont réagi à la victoire du candidat. Celian et Nathan, venus de Cagnes-sur-Mer, expliquent leur présence : « on est heureux. Enfin un maire qui va faire des changements. » Ils évoquent également leur motivation : « cela faisait trop longtemps que le maire sortant était en place. On veut voir ce que va faire Éric Ciotti maintenant. »

Des jeunes venus de Cagnes-sur-Mer pour célébrer la victoire de Ciotti.
Crédit photo : Théo Guitonny

Avec cette victoire, Éric Ciotti ouvre une nouvelle étape politique pour la ville. Il se projette déjà dans son rôle de maire : « je serai un maire de terrain, qui agit, qui écoute et qui comprend. » Et de conclure devant ses partisans : « le meilleur pour Nice est à venir. »

Au QG de Christian Estrosi, la chronique d’une mort annoncée

À l’intérieur de la permanence de Christian Estrosi, l’atmosphère est lourde. Les chaises sont disposées face à un écran diffusant BFMTV Côte d’Azur en continu. Quelques militants sont assis, d’autres debout. Tous ont les yeux rivés sur l’écran, le silence ponctué seulement par le cliquetis des téléphones et des appareils photo. Chaque seconde semble durer une éternité.

Lorsque les premières estimations tombent — Éric Ciotti en tête avec 46,2 % contre 38,1 % pour Christian Estrosi — un murmure parcourt la salle. Les visages se ferment, certains secouent la tête. La tension est palpable. L’évidence de la défaite s’installe lentement, comme une sentence silencieuse. Certains militants se lèvent et quittent la salle, d’autres assis refusent de répondre à nos questions.

À 21h30, le maire sortant fait son entrée. Accompagné de sa femme et de son équipe, il avance vers le pupitre sous un tonnerre d’applaudissements. Il embrasse la foule, applaudit à son tour, pose sa main sur l’épaule de sa femme et s’installe face aux journalistes et militants. Derrière lui, les colistiers et les membres de son équipe sur la mezzanine observent en silence.

À 21h31, le discours commence, empreint de gravité : « eh bien, chers amis, chers Niçoises, chers Niçois, je vous avais promis une remontada. Nous en avons fait plus de la moitié, mais cela n’a pas été suffisant. » Sa voix tremble légèrement, mais sa dignité reste intacte. « Vous avez choisi de confier l’avenir de notre ville à une nouvelle équipe. Ce choix, je le respecte pleinement. » Chaque mot est lourd de sens. Les applaudissements fusent par moments, mais le ton reste grave, solennel. La permanence entière semble retenir son souffle, consciente que le mandat de dix-huit ans touche à sa fin.

À 21h49, Christian Estrosi prononce ses derniers mots : « je vous dis tout simplement ce soir au revoir, je vous remercie de m’avoir fait ce cadeau extraordinaire… » (inaudible sous les applaudissements) ;« vive Nice, vive la République et vive la France ! » Il embrasse ses collaborateurs, les serre dans ses bras, chaque geste est chargé de reconnaissance et d’émotion.

À 21h51, il quitte la salle sous un tonnerre d’applaudissements, les caméras le suivant de près, devant et derrière. À 21h58, une femme l’enlace, émue : « vous avez peut-être perdu, monsieur, mais Nice a déjà tout gagné avec vous. » La foule applaudit, les « Bravos! » fusent, et le maire sortant, lançant un dernier baiser à la foule, s’éloigne finalement aux bras de sa femme, avant de disparaître dans la nuit noire.

La chronique d’une mort annoncée se conclut sur le respect et la gravité d’une ère qui se termine. La permanence se vide dans un silence lourd, témoin de la fin d’un chapitre historique de la vie municipale niçoise.

Dans la rue, des soutiens venus célébrer l’aurevoir

Devant le QG de campagne, plusieurs jeunes et moins jeunes électeurs ont réagi à l’aurevoir du candidat. Marie-Paule, Julien ou encore Léa…

Avant l’arrivée du maire, une petite fille de 10 ans, accompagnée de sa maman, patiente à l’extérieur de la permanence. « Je viens parce que j’espère que c’est Estrosi qui va rester, confie-t-elle.  Malgré toutes ses erreurs, il s’est excusé. Du coup, voilà… » Lorsqu’on lui demande si elle souhaite sa victoire : « oui. » Son regard se fait sombre à l’idée d’une défaite : « ça va être triste… pour les SDF. Ils vont mettre des amendes, et eux n’ont pas les moyens de payer. »

À 20h49, à l’intérieur de la permanence, Marie-Paule, 85 ans et journaliste à la retraite, attend les résultats. Son amie se lève et part, prétextant qu’elle connaît déjà l’issue et qu’elle doit prendre un bus. Marie-Paule confie : « oui, c’était important pour moi d’être ici aujourd’hui. Parce que je craignais le résultat et je voulais montrer à Monsieur Estrosi que je le regretterais sans doute. » Ses mots traduisent la gravité du moment et le sentiment d’assister à la fin d’une ère, un mélange de respect et de mélancolie qui plane sur la salle.

À 21h01 et 21h02, deux jeunes étudiants, Soazic, 20 ans, et Axel, 21 ans, échangent leurs impressions à l’intérieur de la permanence. Soazic explique : « c’était important pour moi d’être ici pour m’impliquer dans la vie politique locale. J’ai découvert une division très forte entre deux camps, et ça se ressent dans la tension de ce soir et dans le résultat de l’élection. » Axel ajoute : « c’était important pour moi de m’intéresser à la politique locale. J’aurais voté pour Estrosi si j’avais pu, parce que c’est une politique à laquelle j’adhère. Beaucoup de jeunes n’ont plus confiance en la politique, c’est dommage. Voter, c’est l’expression de nos idées. »

Pendant ce temps, la salle continue à se vider. À gauche, certains militants quittent silencieusement la permanence, visiblement découragés par les résultats annoncés. À droite, d’autres refusent de répondre à nos questions, préférant observer en silence. La télévision se coupe ensuite : l’écran devient noir. Un silence de plomb s’installe, tous les yeux rivés sur la porte d’entrée. On attend le maire sortant.

Municipales 2026 à Nice : retour sur la soirée électorale

Après le discours du maire à 22h03, à l’extérieur, Julien, 49 ans et entrepreneur, observe la foule. « On est venus voir les résultats de ces municipales à Nice. Voir l’alliance du Rassemblement national et de la gauche faire tomber l’un des meilleurs maires de France… c’est un moment délicat, un vrai moment de réflexion. » Pour lui, être présent est une évidence : « c’est logique en tant que Niçois, un témoignage pour un maire qui a fait énormément pour cette ville. Pour l’instant, on fonce vers l’inconnu. »

Dix minutes plus tard, à 22h13, Léa, 29 ans et responsable des « Jeunes Avec Estrosi », laisse parler son émotion : « il y a l’émotion qui parle forcément. Il y a un an et demi de travail derrière nous, des projets, de la fatigue… et voir Christian comme ça, ça fait un pincement au cœur, avant de poursuivre:  c’est quelqu’un que j’estime beaucoup, qui m’a beaucoup donné et beaucoup appris. On a perdu une bataille, mais la guerre n’est pas terminée. Nous avons des idées, des valeurs, et il faut continuer à se battre pour elles. » Elle conclut avec détermination : « psychologiquement, c’est rude, mais on se construit comme ça, on apprend, et on avance. On ne s’arrêtera pas là ! »

Christian Estrosi maire sortant dit aurevoir à la foule en enlaçant une femme éblouit par les flashs des appareils photos à la sortie de sa permanence
Photo : Diane Roustan
Christian Estrosi maire sortant dit aurevoir à la foule la main droite en l'air éblouit par les flashs des appareils photos à la sortie de sa permanence
Photos : Diane Roustan
Théo Guitonny et Diane Roustan

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