Une nouvelle démission au sein du comité d’organisation des Jeux olympiques et paralympiques 2030 relance les interrogations sur la gouvernance du projet. La ministre des Sports, Marina Ferrari, demande des clarifications rapides, alors que les tensions internes et externes se multiplient à quatre ans de l’échéance.
Le comité d’organisation des Jeux olympiques et paralympiques d’hiver 2030 dans les Alpes françaises traverse une nouvelle zone de turbulences. Vendredi, le Cojop a annoncé le départ de son directeur de la communication, Arthur Richer. La décision intervient un peu plus d’un mois après la démission d’Anne Murac, directrice des opérations. Deux départs en moins de deux mois pour des postes stratégiques, dans une phase encore structurante du projet.
Arthur Richer avait été nommé en juin à la direction de la communication. La démission survient une semaine avant l’ouverture des Jeux olympiques d’hiver de Milan-Cortina, prévus du 6 au 22 février, qui doivent symboliquement passer le relais aux Alpes françaises. Le calendrier renforce les interrogations autour de la stabilité du comité.
Dans un communiqué publié vendredi, le Cojop n’apporte pas d’explications sur les raisons de ce départ. Le texte met en avant le travail réalisé depuis la prise de fonction. « Depuis son arrivée, Arthur Richer a professionnalisé et structuré la fonction communication du Cojop, dans le cadre de l’orchestration des grands temps forts institutionnels d’Alpes françaises 2030 et de la mise en place d’une stratégie et d’un dispositif de long terme pour bâtir la réputation et l’image de l’organisation et des Jeux de 2030 », indique le comité.
Contacté par L’Équipe, l’ancien directeur de l’offre sport et réputation de Havas n’a pas souhaité faire de commentaire. Un acteur des Jeux évoque pour sa part « un désaccord sur la stratégie à mettre en place. »
Le communiqué du Cojop précise que « le Cojop Alpes françaises 2030, désormais structuré, est entièrement concentré sur la poursuite de ses activités, et notamment du dispositif de communication dans le cadre de la présence du Cojop aux Jeux de Milan-Cortina 2026. Un processus de recrutement sera lancé dans les meilleurs délais. »
La ministre des Sports demande une clarification rapide
Après ces défections successives, la ministre des Sports a réagi publiquement. Marina Ferrari a demandé vendredi « une clarification rapide et complète sur la gouvernance et la stabilité » du comité d’organisation. La déclaration a été transmise à la presse dans l’après-midi.
« Ce nouveau départ au sein du Cojop attire naturellement mon attention et suscite de réelles préoccupations. Il appelle une clarification rapide et complète sur la gouvernance et la stabilité de l’organisation », a déclaré la ministre. Marina Ferrari a annoncé qu’« dès lundi, une réunion du bureau exécutif réunissant l’ensemble des parties prenantes se tiendra. Elle devra permettre d’obtenir des explications claires de la direction du Cojop. »
Pour la ministre des Sports, le contexte impose des garanties : « depuis plusieurs mois, le travail avance » sur le projet des Jeux olympiques et paralympiques 2030. Marina Ferrari souligne toutefois que la « dynamique collective, qui mobilise l’ensemble des parties prenantes, est essentielle à la réussite du projet et devra impérativement être préservée. » La ministre a également insisté sur les exigences attendues : « la réussite des JO 2030 exige une organisation exemplaire, structurée et pleinement opérationnelle. Je serai extrêmement exigeante et vigilante sur ce point, aux côtés du mouvement sportif et des collectivités territoriales. Je veillerai à ce que chacun assume ses responsabilités. »
Tensions internes, désaccords politiques et chantiers en suspens
Ces départs interviennent dans un climat déjà fragilisé. Devant les députés, le directeur général délégué du Cojop, Cyril Linette, avait reconnu que la démission d’Anne Murac constituait « un petit coup d’arrêt. » Le poste concerné est jugé « absolument fondamental pour l’organisation des jeux. » La directrice des opérations supervisait notamment la carte des sites, chargée d’attribuer les compétitions aux quatre grands pôles identifiés : Savoie, Haute-Savoie, Nice et Briançonnais. Cette carte n’est toujours pas arrêtée.
La question financière alimente également les désaccords. Fin 2025, le maire de Courchevel, Jean-Yves Pachod, avait demandé une augmentation des aides État-région pour rénover les tremplins de saut du Praz en vue des Jeux. Hervé Gaymard, président du conseil départemental de Savoie, avait annoncé que le département suspendait « jusqu’à nouvel ordre sa participation » aux réunions de préparation, refusant d’être « une variable d’ajustement budgétaire » du projet.
À ces difficultés s’ajoutent trois procédures en cours. Des recours ont été déposés devant un organisme onusien à Genève ainsi que devant les tribunaux administratifs de Lyon et Marseille, à l’initiative du collectif citoyen JOP 2030. Le collectif dénonce l’absence « de participation du public au processus décisionnel » avant la candidature et depuis l’attribution des Jeux.
La création même du Cojop Alpes françaises 2030 avait déjà connu plusieurs mois de retard, en raison de désaccords autour de la désignation de la présidence. Edgar Grospiron avait finalement été nommé en février 2025, après le retrait de Martin Fourcade.
À quatre ans de l’échéance, plusieurs inconnues demeurent. La carte des sites reste à finaliser. La place de Val d’Isère pour les épreuves techniques de ski alpin n’est pas définitivement tranchée. La localisation de l’anneau de vitesse, en Italie ou aux Pays-Bas, reste également en suspens. Dans un communiqué publié en décembre, le Cojop fixait toutefois un objectif de finalisation d’ici juin 2026.
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