L’élection de Alexandra Masson à la tête de la CARF a déclenché une confrontation avec Cédric Herrou. Entre déclarations publiques, mobilisation citoyenne et réactions associatives, plusieurs jours de tensions ont marqué la vallée de la Roya.
Les faits se sont déroulés en quelques jours, dans un climat politique tendu à Menton et dans la vallée de la Roya. Avant l’élection à la présidence de la Communauté d’agglomération de la Riviera française (CARF), une quarantaine de personnes s’étaient rassemblées devant le siège de l’intercommunalité. Parmi elles, Cédric Herrou, co-responsable d’Emmaüs Roya. La mobilisation visait à contester l’arrivée de l’extrême droite à la tête de la structure.
L’agriculteur espérait alors susciter d’autres candidatures. Une tentative avait émergé avec David Brouste. Le maire s’était présenté face à Alexandra Masson. Le scrutin avait toutefois confirmé les équilibres attendus. Alexandra Masson avait été élue avec 39 voix sur 48. Six maires avaient voté blanc.
Dans la foulée de cette élection, la nouvelle présidente avait pris la parole publiquement. Le ton avait été direct. La déclaration visait explicitement Cédric Herrou : « c’est un homme extrêmement sectaire, dangereux, avec des propos hors-sol, souvent diffamatoires. Je l’invite à quitter la vallée, et qu’il ne s’inquiète pas : les habitants de la Roya seront bien représentés par les maires des communes. Nous avons fort à faire, mais surtout sans lui. »
Cette prise de position avait immédiatement suscité une réaction. Depuis son exploitation agricole, Cédric Herrou avait publié une vidéo sur les réseaux sociaux. Le message évoquait une situation jugée préoccupante : « une élue de la République (…) fraîchement arrivée à la présidence de la Carf qui m’enjoint de partir de chez moi (…) un truc de fou ! »
Dans cette intervention, l’agriculteur avait tenu à préciser la nature du conflit. La dimension personnelle avait été écartée au profit d’un désaccord politique. Une phrase résumait cette position : « vous m’indifférez (…) ce que je combats ce sont vos idées. »
Dans son message Cédric Herrou a également rappelé son ancrage local. L’antifascisme y était décrit comme une « tradition familiale. » Le quotidien agricole avait été évoqué, entre cultures et élevage. Une affirmation revenait avec insistance : « je ne peux pas partir. »
Une séquence politique et des réactions en chaîne
Au-delà de cet échange, l’élection d’Alexandra Masson avait alimenté des lectures politiques plus larges. La nouvelle présidente avait mis en avant le soutien de maires non affiliés au Rassemblement national. Une stratégie apparaissait dans ses propos : « beaucoup de maires qui ne sont pas encartés au RN ont voté pour moi. Nombre d’entre eux partagent mes idées et savent que leurs électeurs attendent ce que nous proposons, notamment à l’Assemblée nationale. C’est pour cela qu’ils sont nombreux à avoir souhaité travailler avec moi, et c’est important. »
De son côté, Cédric Herrou avait proposé une analyse différente : « on voit très bien le mécanisme : c’est la droite qui rejoint l’extrême droite. On observe les prémices de 2027, avec un basculement de la droite dite républicaine vers le RN. »
Dans les heures et les jours suivants, plusieurs organisations avaient réagi. L’association Tous citoyens a dénoncé une attaque personnelle et rappelé le droit à la liberté d’expression. Dans un communiqué elle a contesté toute légitimité politique à décider qui pouvait vivre dans la vallée.
Le texte avait également insisté sur un contexte sensible. Cédric Herrou avait déjà été visé par des menaces. Certaines organisations avaient estimé que les propos tenus pouvaient être interprétés comme un signal dangereux.
Le rassemblement citoyen Viva ! avait lui aussi exprimé un soutien. La critique avait porté sur les priorités politiques de la nouvelle présidence. La question du rôle d’un élu local avait été posée, entre gestion territoriale et confrontation idéologique.
Du côté d’Emmaüs Roya, le soutien avait été total. Les membres de la communauté avaient défendu l’engagement de Cédric Herrou. Le texte avait insisté sur les actions menées depuis plusieurs années dans la vallée, sur l’accueil et sur le travail collectif.
La CGT Spectacle 06 avait également pris position. Le communiqué avait évoqué des propos incompatibles avec un débat démocratique apaisé. La nécessité de préserver la pluralité des opinions avait été rappelée.
Dans le même temps, la mobilisation s’était poursuivie sur le terrain. Une manifestation baptisée « Le Printemps des Migrations » avait été annoncée à Breil-sur-Roya. L’événement a affiché complet. Les revendications portaient sur l’égalité des droits et la critique des politiques migratoires.
Cette séquence avait révélé une fracture politique installée dans le territoire. Deux visions s’opposent. D’un côté, une approche institutionnelle portée par la nouvelle présidence de la CARF. De l’autre, une dynamique militante ancrée dans la vallée.
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