L’annulation du mariage à Lille fait réagir à Nice

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jpg_jugement-lille.jpgLe jugement rendu par le tribunal de Lille concernant l’annulation d’un mariage pour cause de non-virginité de la mariée n’en finit pas de faire couler de l’encre dans la presse mais aussi dans les diverses conversations. Dernier épisode en date, une pétition signée par 150 Euro Députés et envoyée à Rachida Dati afin de s’élever contre cette décision de justice qui risque de créer un dangereux précédent. A Nice comme ailleurs, l’annonce a fait son effet et une manifestation s’est même organisée ce samedi sur la Place Masséna afin de protester contre une décision qui, selon les organisatrices, est une véritable régression pour les droits de la femme.

Nice Premium a donné la parole aux organisatrices de cette manifestation afin qu’elles expliquent les raisons de ce rassemblement tout en donnant leur avis sur une décision de justice qui devrait encore faire parler d’elle pendant de nombreux jours.

Interview de Michèle Aschéri-Pernet Déléguée Fédérale aux Droits des Femmes de la Fédération des Alpes-Maritimes du PS

Nice Premium : Mme Aschéri-Pernet, quel est votre sentiment sur l’annulation à Lille d’un mariage pour non-virginité ?

Michèle Aschéri-Pernet : Je dois dire que j’ai été scandalisée à la connaissance de ce jugement. Il me semble impensable qu’un tribunal au XXI° siècle puisse considérer que la virginité soit « une qualité essentielle de la personne », je considère que l’on a affaire à une vision archaïque de la condition des femmes, de leur intimité, de leur libre-arbitre qui remet en question le droit des femmes à disposer librement de leur corps et à vivre pleinement leur sexualité. En la circonstance, on observe que le principe constitutionnel d’égalité entre hommes et femmes est bafoué, aucune mise en cause ne pouvant être faite sur le même sujet à l’encontre des hommes.
D’autre part, ce jugement porte atteinte aux principes de laïcité soumettant les lois de la République au droit coutumier. Il s’agit d’un premier et souhaitons qu’il soit aussi le dernier jugement de ce genre et l’on peut se demander si ce n’est pas un nouveau pas vers le communautarisme et une forme d’acceptation culturelle. En tant que militante pour les droits des Femmes, je m’inquiète des retours en arrière dans différents aspects de la vie des femmes particulièrement de celles issues de l’immigration.

NP : Quelles seront dans l’avenir les conséquences de cette décision ?


MAP : J’ose d’abord espérer que le parquet général fera appel du jugement et que cette démarche évitera que ce premier jugement ne fasse jurisprudence afin d’éviter toute récidive en ce domaine. Ensuite, il est évident que depuis la révélation de cette annulation par le journal « Libération », une forte émotion s’est développée dans l’opinion publique, dans les milieux associatifs (de défense des droits des femmes) et politiques bien sûrs et qu’une remise en cause et la révision de cette loi doivent être mises à l’ordre de façon urgente par les parlementaires. La loi apparaît ici très en retard par rapport aux mentalités et aux réalités qui ont fort heureusement évoluées depuis plus d’un demi-siècle et surtout depuis 1968.




NP : Rachida Dati a accusé le PS d’être responsable de cette situation. Qu’en pensez-vous ?

MAP : Je pense que Rachida Dati qui a refusé à deux reprises de condamner cette décision de justice mais qui a néanmoins demandé au parquet général de faire appel du jugement tente de se défendre assez grossièrement en rendant le PS responsable de cette situation. En aucun cas, le Parti Socialiste n’a cédé à une politique de repli communautaire ou identitaire comme elle l’affirme et en ce qui concerne les femmes, il a pris des mesures pour renforcer l’égalité hommes-femmes aussi bien dans la représentation politique que dans l’égalité dans la lutte contre les discriminations en s’appuyant sur les principes républicains et laïques qu’il défend faces aux tentatives de remises en cause de ceux-ci par divers mouvements organisés (ex : le décret de remise en cause de la mixité à l’école le mois dernier)


Interview croisée : Mari-Luz Nicaise (Les Verts 06), Karine Lambert (MODEM 06), Eric Bélistan (Association Démocrates des AM), Zineb Doulfikar (Ni Putes Ni Soumises 06).

Nice Premium : Mesdames, comment avez-vous perçu cette annulation de mariage pour cause de non-virginité ?

MLN : Comme une insulte, une atteinte grave aux libertés fondamentales des femmes, à leur dignité et à leur intégrité et au principe de l’égalité femmes/hommes.

KL : J’ai été atterrée par cette décision de justice qui révèle au plein jour le maintien de traditions patriarcales pesant sur les femmes.

EB : Il s’agit de se demander si le thème de la virginité a sa place dans le cadre d’un contrat de mariage civil. Pour ma part non ! Nous comprenons qu’il y a là une liaison dangereuse entre la justice et des traditions archaïques.

ZD : J’ai été très choquée, j’ai eu du mal à me dire que j’étais en France, dans un pays laïque, c’est ma 1ére réaction. Ensuite, comme une atteinte grave aux libertés des femmes, et à l’égalité femmes-hommes. N’est ce pas à Lille que l’on a commencé à parler de la non mixité à la piscine ? non mais ou allons nous ? au secours 1905 !

NP : Quels ont les risques à venir après ce genre de décision ?

MLN : Bien évidemment la constitution d’une jurisprudence. Plus insidieusement qu’on habitue l’opinion publique à une prise en compte de facteurs moraux d’un autre âge dans des décisions de justice.

KL : Cette décision ne peut qu’aggraver la situation et freiner l’émancipation féminine. La valeur d’une femme reposerait sur sa chasteté !!! C’est inacceptable ! Les reconstructions d’hymens et autres certificats de virginité risquent de connaître une recrudescence.

EB : Le risque est que le jugement rendu fasse jurisprudence et que cela accentue la pression familiale subie par des centaines de jeunes citoyennes françaises. Cela se traduit sur le terrain par la recrudescence des opérations chirurgicales visant à reconstruire l’hymen. Une modification des mœurs sexuelles. Enfin des tentatives de suicide qui parfois aboutissent. Cela au nom de la « Virginité ».

ZB : le risque c’est que les filles se sentent obligées de pratiquer des réfections d’hymen pour celles qui en ont les moyens. Elles vont être un peu plus soumises pour trouver un mari. Les familles vont se servir de cette jurisprudence pour exercer plus de pression sur elles et les hommes vont se servir de cela comme une arme. Nous qui faisons de la prévention dans les collèges et lycées, nous avions déjà beaucoup de mal, car les garçons nous disent systématiquement qu’ils ne se marieront qu’avec des filles vierges, si le tribunal commence à donner raison aux maris, imaginez les réponses que nous aurons.

NP : Pour lutter contre cela, vous lancez un appel du 7 juin. Expliquez-nous pourquoi ?

MLN : Les Verts réaffirment la nécessité d’un Ministère des Droits des Femmes (supprimé par le gouvernement actuel) afin de faire avancer toute la société française vers l’égalité femmes-hommes dans TOUS les domaines.

KL : De nouvelles dispositions législatives en date du 15 mai permettent la constitution d’enseignement séparé pour les filles et les garçons dans l’école de la République. Les violences faites aux femmes prospèrent d’années en années. Et maintenant cette consécration de la virginité. Nous voulons dire stop et rappeler les principes fondamentaux du socle républicain que sont la liberté et l’égalité des droits entre femmes et hommes

EB : Pour défendre le principe de laïcité et l’égalité de traitement devant la justice des hommes et des femmes. Pour être solidaire d’une jeunesse qui doit se sentir libre dans ses choix. Parce que simplement les valeurs de ce pays sont quotidiennement et sournoisement remises en question et qu’il nous faut montrer que nous y sommes attachés.

ZB : l’idée est que toutes les forces démocratiques réagissent contre ce recul des droits des femmes.

NP : Qu’attendez-vous de cette manifestation ?

MLN : Une prise de conscience encore plus large de tous les publics de l’actuelle régression des droits des femmes (menaces sur la liberté d’avortement, sur la mixité dans les écoles et les lieux publics, inégalités des salaires …)

KL : IL nous faut défendre les acquis des combats féministes et continuer à défendre la laïcité seul voie d’accès à l’émancipation des femmes et à l’égalité hommes/ femmes et ce quelques mois après l’appel à la vigilance républicaine signé dans le journal Marianne par des responsables politiques de toutes tendances et des intellectuel_le_s

EB : Un engagement citoyen au-delà des considérations partisanes. Aider à une prise de conscience et à une vigilance quotidienne.

ZB : Il faut que nous restions tous vigilants, pour conserver nos acquis et en conquérir d’autres, car il y a beaucoup de travail à faire pour l’égalité femmes- hommes, l’égalité dans le traitement des situations sans que les religions soient mises en avant a chaque fois. Lutter pour une vraie laïcité, la mixité.

NP : Rachida Dati impute ce constat aux socialistes. Votre avis sur sa position de Ministre et de femme ?

MLN : Mme DATI a attaqué très violemment la gauche pour se défendre, mais elle a déformé la réalité. Par exemple ici à Nice les ghettos des banlieues ont été créés par Jacques Médecin, et les maires successifs de droite n’ont fait qu’empirer les problèmes.

KL : Je crois que le clivage gauche-droite sur le dossier est une fois encore artificiel et que les partis politiques au pouvoir depuis les années 70 partagent un triste bilan dans la gestion de ces thèmes socio-culturels.

EB : Le collectif à l’origine de cet événement est constitué de trois associations et de deux formations politiques. Mais très rapidement de nombreux partis politiques ont voulu nous aider dans notre démarche. Ce qui importe c’est que nous nous montrions capables d’être unis pour défendre des valeurs communes.

ZD : Franchement j’en veux pas à R.Dati, l’essentiel c’est qu’elle ait entendue les réactions qu’il y a eu autant de droite que de gauche, quand elle parle de la politique des grands frères, ce n’est pas seulement les socialistes qui sont en cause mais la droite a eu sa part également, cette politique dure depuis + de 30 ans ou plus, et je le saurais si les socialistes avaient eu le pouvoir durant 30 ans. Cette politique a été un fiasco, car le pouvoir a été donné aux grands frères qui en ont profiter pour brimer encore plus les filles qui elles réussissaient à l’école, parcequ‘elles savaient que c’était la seule manière d’avoir le choix de leur vie .
Je sais que pour moi par exemple, j’habitais en banlieue et le bac m’a permis de poursuivre mes études à Paris loin de la cité, c’est gagner un peu de liberté




NP : Enfin, quelle attitude devrait adopter, selon vous, le Gouvernement ?

MLN : Disjoindre le cas humain en cause, du problème de fond. A l’évidence il faut revoir la législation concernant le mariage et sa dissolution ET promulguer en urgence une loi contre les violences faites aux femmes

KL : Arrêter avec le double discours… d’un côté des effets de communication autour de l’égalité salariale entre hommes et femmes et de l’autre une remise en cause de la mixité scolaire au nom de mesures anti-discriminatoires ! Par ailleurs, un gouvernement dans lequel ne figure aucun ministère à la parité et aux droits des femmes risque d’être particulièrement inefficace.

EB : Arrêter d’être dans la réactivité et faire preuve de discernement sur des sujets qui ont des conséquences sociales catastrophiques.

ZD : L’appel a été demandé et c’est une bonne chose, pour notre part à NPNS, la loi sur l’annulation nous aide pour les mariages forcés et autres violences. Il faut que l’ont mette en place un ministère des droits des femme (pensez que l’on veut supprimer les délégations des droits des femmes et à l’égalité , c’est très grave pour nous)

Créer plus de cellules d’écoute dans les commissariat avec du personnel formé pour recevoir les femmes victimes de toutes formes de violences, car elles sont encore trop mal reçues et culpabiliser.

Lutter contre les discriminations sexistes de façon efficaces.

Il faut que le gouvernement écoute ce que les associations qui luttent dans ce domaine, afin de faire avancer le combat des femmes et évoluer les lois.

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