Le Musée de la Photographie Charles Nègre a dévoilé « Une vie de photographe » consacrée à Sabine Weiss, jeudi 15 octobre. Dans cette rétrospective du travail de l’artiste, les visiteurs auront l’occasion de découvrir la poésie d’un quotidien dépeint et de son souffle d’humanité. Disponible jusqu’au 31 janvier 2027, cette exposition s’inscrit dans une dynamique de transmission pour les générations futures.
L’ancien bâtiment industriel accueille la première exposition de Sabine Weiss en France, depuis son décès en 2021. « Une vie de photographe » est une rétrospective du travail de cette artiste humaniste, produite par l’Atelier Sabine Weiss et le musée Photo Elysée de Lausanne.
La place Pierre Gautier a célébré, jeudi dernier, le vernissage de cette exposition, en présence d’Éric Ciotti, maire de Nice et président de la Métropole Nice Côte d’Azur, de Virginie Chardin, commissaire de l’exposition et de Fanny Brülhart, responsable du département des collections au musée de Lausanne.
Cette inauguration a pris une toute autre dimension en présence de la fille de la photographe, Marion Weiss. « Sabine Weiss a travaillé jusqu’à son dernier souffle et nous allons découvrir ce soir avec fierté et honneur ses œuvres qu’elle a voulues jusqu’au bout de sa vie. En vous voyant parmi nous ce soir chère Marion, c’est un peu de la lumière de votre mère qui nous accompagne dans ce musée« , a déclaré solennellement Éric Ciotti. L’émotion de Marion Weiss à l’écoute de ces mots était à son comble.
Virginie Chardin a confié que « Sabine Weiss était une femme extrêmement joyeuse qui avait une passion pour la photographie chevillée au corps« . En France, il s’agit de l’une des rares femmes à s’être lancée dans le métier de photographe indépendante au lendemain de la guerre. D’origine Suisse, Sabine Weiss a collaboré avec la presse internationale, en tant que photographe illustratrice, pendant près de soixante-dix ans.
Cette exposition comprend 165 photographies et documents originaux sur les thèmes qui l’inspiraient, de l’enfance aux rues parisiennes, jusqu’à ses voyages en Europe et au Moyen-Orient. Cette rétrospective de Sabine Weiss est unique en ce qu’elle présente des tirages argentiques originaux réalisés sous le contrôle de l’artiste de son vivant.
Accessible jusqu’au 31 janvier 2027, « Une vie de photographe » reflète « un moment important de la vie culturelle de notre ville que nous voulons de plus en plus intense et éclectique« , a déclaré Éric Ciotti.
Pour le directeur du Musée de la photographie Charles Nègre, Stéphane Tallon, l’œuvre de Sabine Weiss « est un intermède suspendu qui nous rappelle comme l’indiquait René Char, que l’essentiel est sans cesse menacé par l’insignifiant. » Cette exposition plonge les visiteurs dans la poésie d’un quotidien des plus ordinaires, qu’il convient de préserver. « Une vie de photographe » transmet les valeurs humaines chères à son auteur et rappelle l’importance de la transmission culturelle.
Une photographe humaniste, témoin de son époque
Sabine Weiss ne se contentait pas d’appartenir à un seul et même registre. Celle-ci pouvait photographier des figures de la mode, capturer des scènes de rue parisienne, immortaliser des souvenirs d’enfance et plus encore.

Son travail se caractérise par son appétence pour les détails. Cette artiste s’attardait sur l’expression d’un corps, d’un geste ou d’une émotion. Dans sa conception de la photographie, l’image doit « raconter un aspect de la condition humaine » (Intimes Convictions, 1989). C’est pourquoi Sabine Weiss a été assimilée à l’école humaniste aux côtés de Robert Doisneau et Willy Ronis. Virginie Chardin a précisé la pensée de l’artiste en déclarant qu’une photographie doit pouvoir retransmettre l’émotion ressentie par le photographe lorsqu’il s’est trouvé face au sujet.
L’ensemble des propos tenus par les proches de Sabine Weiss révèle alors une personnalité intensément humaine. « Il est vrai que maman était quelqu’un qui aimait profondément l’humain et le rencontrer. Elle savait les regarder avec tendresse et compassion, ce n’était jamais de la pitié« , a confié Marion Weiss.
Le choix de ce musée pour cette exposition n’est pas anodin. Éric Ciotti a mentionné le lien existant entre la photographe suisse et Charles Nègre : « tous deux cherchaient l’art dans les choses du quotidien, dans les mille et un mouvement qui font la beauté de la vie. Elle entre aujourd’hui dans la maison de celui qui a ouvert la voie. »
En précurseur de la photographie humaniste, Charles Nègre s’est démarqué en fixant l’image des classes populaires. À l’époque des premiers pas de la photographie, seuls les portraits figés de la bourgeoisie en intérieur et la prise en image de monuments froids étaient populaires. Cet artiste du XIXe siècle s’est intéressé aux scènes de rue parisienne. Dans la série de photographies « Les Ramoneurs en marche » (1851), l’artiste évoque la dure réalité sociale touchant certains des migrants saisonniers venus de Savoie, incarnant une classe sociale particulièrement précaire.
Un siècle plus tard, l’exposition « Une vie de photographe » reflète le témoignage d’une époque, d’un quotidien ordinaire et de nombreux souvenirs. Tant dans sa pratique que dans la perception des sujets, la photographe suisse a exploré la condition humaine dans sa plus simple expression. « Cette femme savait mieux que quiconque capturer la vérité dans son plus simple appareil. Sabine Weiss photographiait pour garder à l’image ce qui allait disparaître », a déclaré le maire de la ville de Nice dans son discours.
La transmission culturelle au coeur des ambitions
Pour la commissaire de l’exposition, Virginie Chardin, « les musées participent à la transmission du savoir et des valeurs qui étaient celles de Sabine Weiss. »
La cité azuréenne s’inscrit dans cette volonté de transmission en proposant un programme culturel riche. Pour Éric Ciotti, l’histoire de la ville de Nice est intimement liée à la culture, source de son rayonnement. Le maire considère que « cette filiation culturelle {doit être} poursuivie, pour que nous soyons les transmetteurs des générations futures. » L’ouverture de l’exposition « Une vie de photographe« a été l’occasion pour la municipalité de réaffirmer son engagement de faire de la culture une de ses priorités.
Par ailleurs, Éric Ciotti a évoqué leur ambition d’engager une rénovation de l’Opéra de Nice : « il a failli fermer il y a quelques jours du fait de quelques chutes de pierres depuis l’édifice, il a été protégé rapidement et la sécurité est garantie. Nous avons besoin d’un auditorium. » Le maire de la ville a également annoncé la réouverture du Musée d’Art Moderne et d’Art Contemporain (MAMAC) d’ici la fin de l’année, évoquant une fermeture soutenue pour « de faux arguments » par l’ancienne municipalité.
Bien entendu, la politique culturelle n’en serait rien sans l’action de ses nombreux acteurs. Lors du vernissage de l’exposition « Une vie de photographe« , Éric Ciotti a pris le temps de les saluer pour leur contribution au « rayonnement national et international » de la ville de Nice.
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